Jonction des deux parties de la table
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La fabrication d'une guitare / Chapitre 2 : la table d'harmonie / Jonction des deux parties de la table
Outils nécessaires
- Une rabot ou une demi-varlope.
- Serre-joints
- Règle de maçon ou grand niveau à bulle
Matériaux
- papier abrasif fin
- colle à bois (Titebond)
Préparation du joint
Plusieurs méthodes existent pour mener à bien cette opération. Notez que certains luthiers préfèrent calibrer la table ou le fond avant de procéder au collage des deux moitiés. Ceci offre l'avantage de réduire la surface de contact entre les deux pièces avant le dressage des chants, et par conséquent, d'obtenir un joint parfait plus aisément.
La méthode traditionnelle
Il s'agit sans doute de la meilleure méthode mais elle demande d'avoir des outils affutés à la perfection, et un peu de savoir-faire dans le maniement de du rabot (ou de la varlope). Il convient de s'entrainer un peu sur des chutes avant de commencer.
Certains luthiers préfèrent dresser les deux moitiés de la table d'harmonie en même temps. De cette manière, on s'affranchit de la contrainte d'avoir un angle droit parfait, les deux angles étant complémentaires.

D'autres luthiers dressent une moitié puis l'autre, permettant de ne pas accentuer les défauts éventuels du rabotage dans le sens de la longueur. En effet, en passant les deux moitiés de table d'harmonie en même temps, si les deux chants ne sont pas parfaitement droits dans la longueur, ceci aura pour effet de multiplier les défauts par deux lorsqu'on les affronte.
Pour obtenir un résultat satisfaisant facilement et pour avoir les mêmes avantages qu'en dressant les deux pièces en même temps, il est possible de retourner la seconde pièce à dresser afin que les imperfections du réglage de la lame du rabot soient parfaitement compensées ː si la lame n'est pas parfaitement parallèle à la semelle du rabot, la coupe ne sera pas à 90° mais un peu plus ou un peu moins. En retournant la seconde pièce on est donc certain que l'angle formé entre le chant de cette pièce et son plat est complémentaire avec l'angle réalisé sur la première pièce.
Nous procéderons ici selon la deuxième méthode, à savoir une partie, puis l'autre. Il n'y a pas de règles strictes, choisissez la technique qui vous convient le mieux.
Un rabot assez grand (de préférence une demi-varlope) devra être utilisé ; le plus important est que lorsque le rabot est couché, sa lame soit parfaitement perpendiculaire au chant de la table de sorte qu'on obtienne un angle droit parfait, surtout si l'on dresse une moitié de table, puis l'autre.
Il faut pour cela fixer la pièce sur l'établi à l'aide de serre-joints et de cales, le rabot (ou la varlope) couché sur sa joue dressera le chant en prenant soin de ne retirer qu'un seul copeau sur toute la longueur. Il est important d'appliquer une pression régulière durant la passe afin d'enlever la même épaisseur de bois sur toute la longueur. En effet, nous avons naturellement tendance à appuyer de façon plus marquée en début et fin de passe, ce qui a pour conséquence d'arquer le chant au lieu de le rendre bien droit.
Au cas où vous ne disposez pas de serre-joints à grand passage et que la table dépasse de l'établi, prenez la précaution de la protéger entre deux planches rigides comme dans l'illustration ci-dessous.

Pour être certain de ne pas enlever trop de matière, réglez le rabot d'abord à zéro, faites ressortir très légèrement la lame, faites une passe, ajustez ensuite le réglage de la même manière jusqu'à ce qu'il convienne : les copeaux obtenus doivent être translucides.
Important, prenez également soin de mettre la pression sur l'avant du rabot. Contrôlez régulièrement si le chant est bien droit avec une règle de maçon ou un grand niveau à bulle.
Dans tous les cas, la lame doit être parfaitement affutée.
Les deux moitiés de la table peuvent être placées contre une vitre (une porte fenêtre a la largeur suffisante) pour vérifier la perfection du joint, ou à défaut devant une ampoule. On voit ci-dessous nettement que le joint est encore à parfaire.

Les imperfections pourront être marquées avec un crayon et corrigées ensuite par petites retouches avec une cale à poncer munie d'un papier abrasif très fin par exemple.
A l'aide d'une cale à poncer
Les tables brutes que l'on trouve dans le commerce sont souvent coupées relativement droites. L'emploi d'une cale à poncer seule peut donc convenir. Il suffit de coller du papier abrasif sur un niveau à bulle ou une grande règle de maçon.
On procède ensuite de la même manière que s'il s'agissait d'un rabot comme nous l'avons vu plus haut dans la méthode dite "traditionnelle". Cette technique à l'avantage de ne pas nécessiter une dextérité particulière dans le maniement du rabot ou de la varlope, et l'on est certain, en utilisant un papier relativement fin, d'enlever une très fine épaisseur de bois. Elle a par contre l'inconvénient de ne pas faire un travail aussi précis ; et pour le joint de table, il ne doit y persister aucune imperfection, aussi minime soit-elle.
En règle générale, ayez en mémoire que le travail sera toujours plus net et mieux fini au rabot et racloir qu'avec du papier abrasif (pour peu que vous utilisiez correctement le rabot et qu'il soit affuté à la perfection).

Vous pouvez également procéder comme suit :
Pour vous guider, fixez une règle en aluminium sur la demie-table à l'aide de ruban adhésif, et laissant légèrement dépasser la table. Poncez ensuite jusqu'à la règle. Ceci devrait vous garantir que le chant de la table est bien droit.

A l'aide d'une défonceuse
On peut également utiliser une défonceuse montée sur table. Une règle bien droite est collée au ruban adhésif sur la table d'harmonie (en laissant très légèrement dépasser la table de la règle). Ensuite, à l'aide d'une fraise à affleurer, le chant de la table et la règle sont "alignés".
Collage
Méthode 1
Une fois qu'aucun jour ne persiste lorsque l'on affronte les deux parties de la table, on peut procéder au collage.
Pensez à marquer l'emplacement du joint avant le collage, par exemple, en décalant très légèrement les deux parties de la table. Il est parfois difficile de retrouver son emplacement exact après le collage.
Deux traverses maintenues avec des serre-joints par exemple, sur lesquelles vont s'appuyer des cales en bois triangulaires vont permettre de maintenir et de serrer les deux parties de la table ensemble.


Une troisième planche vient sur le joint, elle aussi maintenue par des serre-joints, et sur laquelle on va poser un poids suffisamment lourd, ici, une pile de chute de contreplaqué, pour éviter que la table ne se soulève à cet endroit.
Des feuilles de papier, ou de plastique fin transparente sur laquelle la colle ne prend pas, sont positionnées au dessous et au dessus du joint pour éviter de mauvaises surprises lorsque la colle est sèche. Si vous utilisez un film plastique très fin, faîtes attention à ce qu'il ne se prenne pas dans le joint.
Une fois la colle sèche, au moment d'enlever la table du support de collage pensez à enlever d'abord les cales triangulaires.

Une colle utilisée est la colle classique de marque Titebond, de très nombreux luthiers l'utilisent. Etalez la colle sur chacune des parties à coller de manière uniforme avec un pinceau bien propre, ou à défaut avec le doigt. Inutile de mettre trop de colle.
Méthode 2
Cette méthode s'avère très rapide, très efficace. Elle nécessite cependant un peu plus de matériaux. Il s'agit de la méthode traditionnelle espagnole.

Exemple en vidéo :
Méthode 3
Une autre méthode, utilisée couramment en ébénisterie, consiste à utiliser du ruban adhésif de peintre. Cette méthode offre l'avantage d'être simple à réaliser.
Il faut néanmoins sélectionner avec soin le type de ruban adhésif : l'épicéa ou le red cedar sont des essences très tendres, et dont les fibres s'arrachent facilement. Attention donc à ne pas prendre un ruban adhésif qui colle trop.
Le ruban adhésif doit être collé de telle manière à appliquer une pression suffisante entre les deux planches. Il faut ensuite placer des traverses que l'on fixe avec des serre-joints pour éviter que les deux parties de la table ne se chevauchent.


Méthode 4 (alternative proche de la méthode 1)
