Touche : réglage de l’action (réduction de la touche du côté des basses)

La touche fait une épaisseur constante (ou presque) de 6.5mm. N’ayant pas fait de renversement du manche (angle du manche par rapport à la table d’harmonie nul), une retouche de la touche est très probablement à effectuer pour obtenir une action correcte.

La guitare doit être protégée pour que l’ébène ne tâche pas l’épicéa de la table (note : par précaution, certains appliquent une première couche de finition à la table) :

Protectiond de la table d'harmonie

Protectiond de la table d’harmonie

Pour la retouche de la touche (!) deux options sont possibles :

  1. parvenir à une action du côté des basses et des aiguës, imposant d’avoir un sillet de chevalet en biais afin d’augmenter la hauteur des cordes basses par rapport à la touches. En général, on recherche dans ce cas une action égale de chaque côté de 3.5mm à 4mm (3.5mm semblant être une valeur plus communément choisie).
  2. réduire de manière plus importante du côté des basses afin d’obtenir une action plus grande de ce côté et limiter ainsi la variation de hauteur du sillet de chevalet entre les aiguës et les graves.

Comprenons nous bien :

La première option consiste à réduire de manière égale basses et aiguës en direction de la rosace (en gardant une épaisseur maximum au sillet de tête).

La seconde option consiste, de la même manière, à garder une épaisseur maximum au sillet de tête de 6.5mm, que ce soit du côté basses que du côté aiguës, mais de réduire en direction de la rosace, le côté des basses uniquement. On obtient dans ce cas, à titre d’exemple, les mesures d’épaisseur suivante :

  • sillet de tête, côté aiguës : 6.5mm
  • sillet de tête, côté basses : 6.5mm
  • A la rosace, côté aiguës : 6.5mm
  • A la rosace, côté basses : 5.5mm

Attention, ce n’est pas parce que l’on réduit plus du côté des basses que la touche ne reste pas plate dans le sens de la largeur : on réduit également en largeur dans en pente douce montante jusqu’aux aiguës (0 étant le bord de touche côté aigus).

Avant cela, il faut corriger la planéité de la touche qui, sous la pression des serre-joints au collage, a pu légèrement se déformer. Pour cela, j’ai utilisé une grande cale à poncer bien plane en bois dur :

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Après beaucoup d’hésitation, j’ai choisi la deuxième option (réduction principalement du côté des basses). J’ai hésité, car cela me semblait plus difficile à réaliser. J’avais peur en plus de ça d’utiliser directement le rabot sur l’instrument fini. J’ai finalement tout fait au racloir principalement, puis à la cale à poncer sans grande difficulté.

La première étape consiste à mesurer l’action théorique pour savoir l’ampleur des retouches nous allons être amenés à faire. L’action finale, cordes montées sur l’instrument que nous visons est de 4mm du côté des basses, et de 3mm du côté des aigus. Comptons sur le fait que la traction des cordes va faire remonter légèrement l’action, que nous avons la possibilité de rehausser le sillet de chevalet en direction des basses (sillet en biais) d’1 mm sans que cela ne pose de problème… Au final, il faudrait obtenir 3mm d’action au minimum du côté des aigus, et au minimum 3.5 du côté des basses avec une cale de 12mm. Une hauteur moyenne du sillet se situe aux alentours de 11 – 12 mm. Côté cordes aiguës, on pourra par exemple descendre le sillet à 11 – 11,5 pour remonter à 12 – 12.5 vers les basses.

Les mesures de l’action sont toutes prises à la douzième frette (moitié de la longueur de la corde vibrante). Notons que pour augmenter l’action à la douzième frette de 0.5 mm, il faut augmenter le sillet de chevalet de 1 mm.

J’ai donc mesuré l’action théorique avec des cales : l’une représentant le sillet de tête, l’autre représentant la hauteur du sillet de chevalet. Celle représentant la hauteur du sillet du chevalet a été travaillée sur sa face inférieure pour épouser la courbure de la table.

Cales utilisées pour la mesure de l'action

Cales utilisées pour la mesure de l’action

Le « faux sillet » dépasse de 2mm de la touche (il a donc une hauteur de 8.5mm). La cale au niveau du chevalet fait un peu moins de 12mm d’épaisseur au centre).

Une grande règle d’aluminium est utilisée pour effectuer les mesures :

positionnement de la règle pour la mesure de l'action

positionnement de la règle pour la mesure de l’action

La largeur de la règle a été mesurée au préalable et le zéro du pied à coulisse réglé sur cette valeur (il faut bien contrôler que la règle a bien la même largeur partout, sait-on jamais… :)) :

Mesure de la largeur de la règle

Mesure de la largeur de la règle

Réglage du zéro sur le pied à coulisse

Réglage du zéro sur le pied à coulisse

A la mesure prise doit être soustraite la hauteur des frettes, soit 1mm environ après qu’elles aient été planées.

Les premières mesures à la douzième frette me donnaient une action théorique de 3.0mm du côté des aigus, 2.85mm du côté des basses. Ce qui prouve sans doute que la touche n’avait pas une épaisseur si constante que cela… L’action est trop basse, surtout pour les basses.

Voici la mesure que j’obtiens après retouche du côté des basses : 4.66mm -1mm = 3.66mm.

mesure de l'action à la douzième frette du côté des basses

mesure de l’action à la douzième frette du côté des basses

Pour la retouche en elle même, voici comment j’ai procédé (si vous utilisez un rabot, ayez le parfaitement affûté, vous pouvez mettre de la paraffine sous la semelle pour aider la glisse, selon les conseils avisés de Benoit de Bretagne). Du côté des basses la touche doit « descendre » en pente régulière et rectiligne partant de 0 au sillet de tête et descendant jusqu’à -1mm à la rosace. En tant que débutant, ne voulant pas enlever trop de matière, ce qui est toujours embêtant, je n’ai pris au départ comme valeur que -0.5 à la rosace (sur les conseils du luthier Florian Thomas).

J’ai donc tracé une ligne au crayon sur le chant de la touche du côté des basses, puis j’ai réduit au racloir progressivement. J’ai également couvert régulièrement la touche de marques de crayons pour bien me rendre compte de l’avancée du travail, et pour contrôler que je ne touchais pas au bord du côté des cordes aiguës. J’ai également, au fur et à mesure, contrôlé avec équerre d’ingénieur et réglets (devant une fenêtre ou avec une lampe) :

  • que la touche reste le plus plat possible en largeur  (une égalisation est faite à la fin, mais un contrôle du travail en cours de route permet de se rendre compte de ce que l’on fait et de corriger les imperfections au fur et à mesure)
  • que sur le bord de touche, côté basses, la pente réalisée est bien rectiligne
  • La progression du travail en mesurant l’action à nouveau assez régulièrement.

Il ne faut pas réduire que le bord de touche en inclinant le racloir (ou le rabot) et égaliser ensuite, mais bien enlever sur une surface assez large.

Finalement, j’ai utilisé une cale à poncer (bien rectifiée) pour corriger les imperfection de planéité dans la largeur.

J’ai tout de même grignoté un peu dans les aigus, plus ou moins sans le vouloir, et j’obtiens donc comme action au final :

3.30 pour les aiguës

3.65 pour les basses.

On pouvait sans doute mieux faire (3.2 côté aigus, aller jusqu’à 3.9 côté basses, comme on me l’a conseillé), mais je vais me contenter de ces valeurs qui me semble tout de même largement acceptables. 3/10 de différence permettront « d’enlever » 6/10 au sillet de chevalet côté basses, c’est à dire de donner une pente au sillet moins importante permettant d’avoir un angle des cordes après le sillet plus uniforme et une tension plus également répartie..


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